AAC – Postmodalité & expressions modales, Caen, 02-03.06.2022

La postmodalité et les cycles de vie des expressions modales

Les 2 et 3            juin 2022, Université de Caen Normandie

Conférenciers invités

Martin Becker (Cologne)

Agnès Celle (Paris)

Heiko Narrog (Tohoku), en visioconférence

Organisation

Laboratoire CRISCO EA4255

Evgeniya Gorshkova-Lamy

Adeline Patard

Rea Peltola

Contact

postmodality@sciencesconf.org

Soumission des propositions

Les propositions de communications anonymisées n’excéderont pas 500 mots (sans les références). Elles devront être déposées sur la plateforme Sciencesconf (https://postmodality.sciencesconf.org) avant le 30 novembre 2021. Chaque résumé sera évalué par au moins deux relecteurs. Les notifications d’acceptation seront envoyées aux participants en février 2022. La durée de chaque communication sera de 20 minutes, suivie de 10 minutes de discussion. La langue d’usage pourra être l’anglais ou le français.

Appel à communication

L’évolution des expressions modales à travers les langues est habituellement décrite en termes de chaînes de grammaticalisation formées par différents stades de sémanticité se succédant dans un ordre déterminé. Des éléments lexicaux ou sémantiquement plus concrets se grammaticalisent en marqueurs modaux exprimant différentes nuances de possibilité ou de nécessité (si on opte pour une définition stricte de la modalité) pour finalement subir une « javellisation sémantique » (e. g. Lehmann 2015) conduisant à un sens moins spécifique et plus abstrait. Bybee, Perkins et Pagliuca (1994) ont identifié de tels chemins de développement dans un ensemble de langues non apparentées et pour différents types de modalité. D’après les auteurs, tous ces chemins retracent une évolution partant de sens source « orientés vers l’agent » passant par des modalités épistémiques et « orientées vers le locuteur » et aboutissant à des emplois de subordination.

Van der Auwera & Plungian (1998) élaborent ces chemins d’évolutions et les réunissent dans une seule et même carte correspondant à trois domaines. Un premier domaine prémodal regroupe les différentes sources lexicales des expressions qui entrent ensuite dans le domaine modal proprement dit à travers une auxiliarisation ou un autre processus de grammaticalisation. Vient enfin le domaine postmodal qui comprend un ensemble hétérogène d’items désémanticisés qui n’expriment plus la modalité. Un exemple très connu est le cas des futurs romans issus de la périphrase modale habere + INF du latin (cantare habeo « je peux/dois chanter ») : cette dernière a cessé d’exprimer la possibilité et la nécessité en se grammaticalisant en temps verbal (chanterai). En anglais, l’auxiliaire modal should est utilisé dans des contextes non nécessifs pour marquer que l’événement dévie des attentes du locuteur : – Can I get you some coffee? – Strange that you should ask « Veux-tu un petit café ? » « C’est étrange que tu [should] me le demandes » (voir Celle 2018 : 39). A la frontière entre domaines modal et postmodal, les chemins de grammaticalisation semblent se croiser dans la mesure où les marqueurs de possibilité et de nécessité peuvent développer les mêmes sens postmodaux. Ce fait est un des principaux arguments avancés par van der Auwera & Plungian (1998) pour concaténer les différents chemins d’évolution en une seule carte. Les évolutions décrites peuvent procéder de différents mécanismes sémantiques : spécialisation, généralisation et extension du sens (métaphore et métonymie).

Ces modèles ont ensuite inspiré de nombreuses études menées à la fois dans une perspective typologique et sur des langues individuelles. La carte sémantique de la modalité a été affinée, étoffée et discutée (voir p. ex. van der Auwera, Kehayov & Vittrant 2009 ; van der Auwera 2013 ; Traugott 2016 ; Georgakopoulos & Polis 2018). On a ainsi attiré l’attention sur l’évolution de catégories modales non-verbales, la restriction aréale de certains chemins de grammaticalisation et la variation inter-langue concernant la présence et l’évolution de certaines sous-catégories modales (p. ex. Traugott 2011 ; Narrog 2012 ; Becker 2014). Des approches constructionnelles ont aussi récemment entrepris d’explorer des évolutions sémantiques liées à la fois à des processus de grammaticalisation et de lexicalisation au sein de réseaux de constructions, au-delà des unités linguistiques individuelles (e. g. Hilpert 2016 ; Cappelle & Depraetere 2016 ; Hilpert, Cappelle & Depraetere, à paraître ; voir aussi Schulze & Hohaus 2020).

Dans cette conférence, nous souhaitons approfondir la réflexion sur les stades avancés dans l’évolution des expressions modales, c’est-à-dire : le passage du domaine modal au domaine postmodal, la structure interne du champ postmodal et les possibles cycles de remodalisation. Les contributions pourront s’inscrire dans n’importe quelle approche théorique et méthodologique de la linguistique sans restriction sur la (ou les) langue(s) étudiée(s). Le colloque pourra aborder, mais sans s’y limiter, les thèmes et questions suivantes :

●      Diverses notions sémantiques/fonctionnelles ont été convoquées pour décrire la sphère postmodale, comme la concession, la condition, la complémentation, l’optativité, le temps futur, la citation (« quotative »), la consécution. Dans quelle mesure ce large éventail de concepts s’applique-t-il aux langues individuelles ? À travers les langues ? Qu’est-ce que ces valeurs et fonctions partagent si l’on examine les chemins individuels de désémantisation déjà connus ? En quoi la démodalisation interagit-elle avec des éléments comme la négation, l’aspect ou le temps (voir Caudal 2018) ?

●      Quels mécanismes sémantiques et quels paramètres internes et externes du changement peut-on retrouver dans les langues du monde ? Le rôle du contexte dans l’émergence des effets postmodaux semblent également primordial, comme le remarque Le Querler (2001) qui parle des emplois de pouvoir postmodal impliquant la « prise en compte de l’énoncé dans son ensemble, voire même d’une partie plus large du discours, ou encore de la communication ». Dans quelle mesure ces structures phrastiques/discursives sont-elles conventionnalisées / forment-t-elle des « constructions » plus larges (Goldberg 2010) et donc des signes linguistiques à part entière ?

●      Les limites entre les catégories qui constituent la carte sémantique de la modalité ne sont pas nettes mais plutôt graduelles voire floues (voir van der Auwera & Plungian 1998 : 88).  Quels sont les changements progressifs qui opèrent dans l’intervalle entre modalité et postmodalité ? A travers quels changements sémantiques l’origine de la modalité détermine-t-elle les valeurs post-modales qui émergent ? S’agit-il nécessairement d’un allègement ou d’un affaiblissement du sens modal, ou bien d’une « redistribution » du sens et d’un renforcement pragmatique comme dans les premières phases de grammaticalisation (Heine, Claudi & Hünnemeyer 1991, Hopper et Traugott 1993) ? Ou devrait-on parler de différents niveaux de modalité et d’un sens modal plus « élusif » comme suggéré par Celle (2018) pour certains usages de would et should en anglais ?

●      L’altération de l’intégrité sémantique opère de façon non-uniforme : certains éléments sémantiques restent, d’autres se perdent en chemin (p. ex. Lehmann 2015 : 136-137). Comment décrire le processus de désémantisation en termes de sémantique cognitive ? Quelles structures conceptuelles sont préservées dans la transition vers la postmodalité ? Comment rendre compte de l’émergence de sens postmodaux, p. ex. en termes de « profilage » (voir Langacker 2015: 211–212) ou de « dynamique des forces » (Talmy 1988 ; Kehayov 2017 : 39) ?

●      La grammaticalisation recoupe le phénomène de subjectification/intersubjectification (Traugott 2010). Par exemple, les auxiliaires du suédois et måtte montrent un haut degré d’intersubjectification en tant que marqueurs postmodaux (Beijering 2017). En français, Le Querler (2001) fait référence aux fonctions « discursives » de pouvoir démodalisé. Même le mode subjonctif, catégorie postmodale par excellence, peut être considéré comme un moyen d’assurer la cohésion du discours. L’espace temporel et modal dans lequel l’événement exprimé par les phrases subjonctives a lieu se construit dans un ailleurs. Avec une construction complétive, la principale fournit l’ancrage nécessaire à la subordonnée subjonctive, alors que la principale subjonctive s’appuie sur une prise en charge énonciative (voir Gosselin 2005 : 95). Le potentiel sémantique laissé par les composants de sens perdus sert-il d’une certaine façon l’interaction, le discours et le texte ? A travers quels mécanismes cela se produit-il ?

●      Bien que souvent associées au domaine verbal, les catégories modales ne s’y limitent toutefois pas (voir Gosselin 2010 pour différents exemples). De quelles manières la postmodalité touche-t-elle d’autres catégories syntaxiques (noms, adjectifs, adverbes) ? Les chemins de développement sont-ils les mêmes que pour le domaine verbal ?

●      La nature cyclique du changement sémantique apparaît pour diverses catégories syntaxiques et sémantiques (voir van Gelderen 2009). Dans la littérature sur la grammaticalisation d’éléments modaux, il existe des exemples d’expressions connaissant des « cycles complets » dans leur évolution. Par exemple, le temps futur est, d’une part, le résultat d’une démodalisation et, d’autre part, la source remodalisée d’un nouveau sens modal (van der Auwera & Plungian 1998 : 97). Comment appréhender les relations entre « générations » d’expressions modales ? Dans quelle mesure l’analogie entre l’évolution des organismes biologiques et le changement linguistique peut-elle être hasardeuse (Dahl 2001) ?

Bibliographie

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 Postmodality and the Life Cycles of Modal Expressions

2-3 June 2022, University of Caen Normandy

Keynote speakers

Martin Becker (Köln)

Agnès Celle (Paris)

Heiko Narrog (Tohoku), video conference

Organization

CRISCO EA4255 Research center

Evgeniya Gorshkova-Lamy

Adeline Patard

Rea Peltola

Contact

postmodality@sciencesconf.org

Abstract submission

Anonymous abstracts of no more than 500 words, excluding references, are to be submitted by November 30, 2021, via Sciencesconf platform: https://postmodality.sciencesconf.org. Each abstract will be reviewed by (at least) two members of the Scientific committee. Notifications of acceptance will be sent in February 2022. The talks will be 20 minutes long, followed by 10 minutes for discussion. The working languages are English and French.

Call for papers

The cross-linguistic evolution of modal expressions is described as chain-like grammaticalization structures where items of different degrees of semanticity follow one another in a predetermined order. Lexical or otherwise semantically more concrete elements develop into different types of expressions of possibility and necessity until they eventually bleach into semantically less and less specific, abstract markers (e. g. Lehmann 2015). Bybee, Perkins & Pagliuca (1994) identified paths of development across a set of unrelated languages for different types of modalities. According to the authors, all these tracks present an evolution from agent-oriented source meanings through speaker-oriented and epistemic modalities to subordinate uses.

In van der Auwera & Plungian (1998), these paths were put together and elaborated into maps consisting of three domains. Premodal domain brings together lexical source expressions that enter the modal domain, sometimes through auxiliarization or other changes in grammatical shape. At the other end, postmodal sphere involves a rather heterogeneous set of desemanticized elements that no longer carry modal meaning. A famous example are the Romance future tenses stemming from the latin modal periphrasis habere + INF (cantare habeo ‘I can/must sing’) which ceased to convey possibility and necessity when grammaticalizing into a verbal tense (chanterai ‘I will sing’). Another case in point is the English modal auxiliary should when used for marking that the state of affairs deviates from the speaker’s expectations: – Can I get you some coffee? – Strange that you should ask (see Celle 2018: 39). At the interface between modal and postmodal domains, the grammaticalization paths cross, as both possibility and necessity tracks may lead to certain postmodal meanings. This was one of van der Auwera & Plungian’s (1998) main arguments for unifying the different paths into a map. The evolutions described by the map result from semantic processes of different types: specialization, generalization and extension (metaphor and metonymy).

These models have ever since inspired further studies, both in typological perspective and in individual languages. Modality’s semantic map has been finetuned, elaborated and discussed (e. g. van der Auwera, Kehayov & Vittrant 2009; van der Auwera 2013; Traugott 2016; Georgakopoulos & Polis 2018). Attention has been drawn to the evolution of non-verbal modal categories, the areal restriction in certain grammaticalization paths and the crosslinguistic variation as to the presence and evolution of particular subcategories of modality (e. g. Traugott 2011; Narrog 2012; Becker 2014). Constructional approaches have recently undertaken to research the evolution of modal meanings in patterns where both grammaticalization and lexicalization processes come into play and as part of developments within networks of constructions, beyond individual units (e. g. Hilpert 2016; Cappelle & Depraetere 2016; Hilpert, Cappelle & Depraetere, to appear; see also Schulze & Hohaus 2020).

With this conference, we aim to shed light on the late stages in the evolution of modal items, namely the transition from modal to postmodal domain, the internal structure of the postmodal category and the possible remodalization cycles. We call for contributions from different theoretical and methodological approaches and concerning any language. The conference focusses on, but is not restricted to, the following topics and questions:

●    Various semantic-functional notions have been identified at the border separating modal and postmodal spheres, such as concession, condition, complementation, optative, future-time, quotative and consecution. How to operate with this rich array of concepts within a language and cross-linguistically? What do these meanings and functions have in common, when looking at the individual desemantization paths taken by the different postmodal items that we already know of? How does demodalization interact with negation, aspect (see Caudal 2018) or tense?  Are there new items we could add to the list of postmodal elements from studies on different languages?

●    Which semantic mechanisms and internal and external parameters of change can be found across languages? Which are the contexts triggering the far-reaching grammaticalization process? Le Querler (2001) argues that the demodalized meaning of the French pouvoir stems from the utterance as a whole. To what extent are phrasal or discursive structures carrying postmodal meaning conventionalized as constructions (Goldberg 2010) and, thus, form linguistic units of their own? 

●    The limits separating the categories that form Modality’s semantic map are not sharp but rather gradual, or even fuzzy (see van der Auwera & Plungian 1998: 88). How are clines of change manifest in the modal-postmodal interval? Through which semantic processes do the modal origins determine the emerging postmodal meanings? Is it necessarily about the modal meaning becoming weaker or lower, or rather a shift or a redistribution of meaning and pragmatic reinforcement, as in the early stages of grammaticalization (Heine, Claudi & Hünnemeyer 1991, Hopper & Traugott 1993)? Or should we talk about different layers of modality and more elusive modal meaning, as suggested by Celle (2018) when investigating the English would and should in factual but affective utterances?

●    The decrease in semantic integrity proceeds unevenly: certain semantic components pertain, others are lost underway (e. g. Lehmann 2015: 136–137). How can we describe the desemantization process in cognitive semantic terms? Which conceptual structures remain in the transition from modal to postmodal? How can we account for the emergence of postmodal meanings, e. g. in terms of profiling (e. g. Langacker 2015: 211–212) or Force Dynamics (Talmy 1988; Kehayov 2017: 39)?

●    Grammaticalization intersects with (inter)subjectification of meaning (Traugott 2010). For example, the Swedish auxiliaries ‘may, should’ and måtte ‘may, must’ display high degrees of intersubjectification as postmodal markers (Beijering 2017). In French, Le Querler (2001) has referred to discursive functions of demodalized pouvoir ‘can’. Even the subjunctive mood, postmodal category par excellence, can be considered as means for marking cohesion in discourse. The temporal and modal space within which the event expressed by the subjunctive clause takes place is construed elsewhere. In a complement construction, the matrix provides the necessary anchoring for the subordinate subjunctive clause, while subjunctive main clauses rely on the enunciative grounding (see Gosselin 2005: 95). Is the semantic potential (or openness) left by the lost meaning components somehow put at the service of interaction, discourse and text? Through what mechanisms does this happen?

●    Not all modal categories are verbal (see Gosselin 2010 for examples). In what ways does postmodality involve other syntactic categories (nouns, adjectives, adverbs)? Are the paths of evolution the same as those identified in the verbal domain?

●    The cyclical nature of linguistic change is observed in various syntactic and semantic categories (see van Gelderen 2009). In the literature concerning the grammaticalization of modal elements, there are some examples of items displaying “full cycles” in their evolution. For example, the future tense can be the result of demodalization, on the one hand, and the remodalized source for new modal meanings, on the other (van der Auwera & Plungian 1998: 97). How to describe the relationships between “generations” of modal elements? What risks are associated with conveying analogies between evolution in biological organisms and linguistic change (Dahl 2001)?

References

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